ICHTYOLOGIE :

 

Le crapet de roche (rock-bass pour les anglophones ou encore Ambloplites rupestris pour les scientifiques) est un poisson originaire du nord-est des États-Unis et du sud-est du Canada. Introduit en Europe au début du 20ème siècle, il est aujourd'hui présent dans la Saône mais aussi, et surtout, dans la Loire entre Nevers et Roanne. Ce poisson est également signalé non loin de là dans l'Arroux, en aval de Gueugnon. Le crapet est plutôt rare en Europe. Mise à part la France, seul le sud de la Grande Bretagne lui a ouvert ses portes.

 

 

Ce poisson, d'une taille généralement comprise entre dix et vingt-cinq centimètres (jusqu'à trente-cinq centimètres pour les plus gros spécimens français), se reconnaît aisément. Il possède en effet des grands yeux orangés ou rougeâtres, 2 nageoires dorsales reliées donnant l'impression d'une seule et une nageoire anale longue avec 6 épines acérées. Il possède une tache noire sur le bord des branchies. La mâchoire supérieure s'étend au-delà du début de l’œil, mais sans complètement atteindre l'arrière de celui-ci. Pour faire simple, c'est en quelque sorte le croisement entre un calicobass et un black-bass !

Carnivore vivant près du fond, le crapet de roche se nourrit de petits poissons, de jeunes écrevisses et d'insectes aquatiques divers (larves de libellules par exemple). Il vit dans les lacs et les étangs clairs garnis de végétation, ainsi que les rivières relativement claires à courant lent. On le retrouve quasi exclusivement sur les fonds rocheux ou très encombrés, très rarement sur les fonds sédimentaires. Sa température optimale d'activité se situe dans une eau aux alentours de 20 à 23°C. Il se pêche donc plutôt à la belle saison, une fois la fraie passée.

 

A ce propos, le crapet de roche se comporte de la même manière que ses cousins ; il ne fait pas partie de la famille des Centrarchidés pour rien ! Sa période de reproduction a lieu de mi-avril à début juillet. Après la ponte, le mâle ventile les œufs préalablement déposés par la femelle au centre d'un nid circulaire aménagé en eau peu profonde. Défendant courageusement celui-ci contre les prédateurs, le crapet de roche est alors particulièrement vulnérable. Il est donc préférable de le laisser tranquille pendant cette période. Sa ponte ne manquerait pas d'être rapidement détruite sans la garde du mâle !

 

MATERIEL :

 

La pêche du crapet comme elle se pratique aux États-Unis n'est rien d'autre qu'un rockfishing d'eau douce. Les bases matérielles de cette technique sont donc ici totalement transposables. Il s'agit en effet d'aller traquer Ambloplites rupestris au fond, dans les roches constituant le plus souvent son habitat.

 

VISUEL MATERIEL A VENIR

 

Le matériel se doit d'être le plus léger et le plus sensible possible. Un ensemble light (2 – 7 grammes) voire ultra-light (1 – 5 grammes) trouve donc ici complètement sa place. Une canne réactive et sensible spéciale rockfishing convient parfaitement. Une longueur proche des 2,30 à 2,50 mètre semble bien adaptée. Pas de difficulté donc pour trouver dans le commerce un modèle qui convient !

 

Un petit moulinet de taille 500 ou 1 000 conçu pour les pêches en finesse viendra parfaitement équilibrer le tout. Il gagnera à être rempli d'une tresse très fine de 6 à 10/100 afin de profiter pleinement de la nervosité de ce petit diable aux yeux rouges. Celle-ci sera prolongée par un bas de ligne en fluorocarbone de 2 mètres de longueur en diamètre 18 ou 20/100 afin de rendre votre montage plus discret et plus résistant à l'abrasion. Je ne descends pas plus en diamètre pour deux raisons. Premièrement, les lieux pêchés sont généralement très encombrés donc abrasifs. Une trop faible taille de fluorocarbone risquerait alors d'engendrer de nombreuses casses par frottements ! Deuxièmement, cette grosseur permet de faire face aux possibles « invités surprises ». En effet, gros chevesnes et belles perches ne sont pas rares sur les postes à crapets !

 

Ce bas de ligne recevra directement (attention, pas d'agrafe !) une petite tête plombée ou même un micro jig d'un poids maximum de 5 grammes. Une taille d'hameçon comprise entre le n°2 et le 6 sera parfaite. Les différentes formes proposées dans le commerce dépendront de vos goûts et des actions souhaitées : têtes plates pour un effet planant, têtes rondes ou football pour préserver le rolling d'un micro-shad … Aux États-Unis, pays où la pêche du crapet et de ses cousins est très pratiquée, certains utilisent avec succès des têtes plombées équipées d'une petite palette mobile ou même d'une hélice. Il faut que ça vibre et que ça brille !

 

 

Personnellement, j'utilise des petites têtes plombées munies de micro ardillons. Ceux-ci permettent de maintenir fermement le leurre souple, sans l'abîmer. Celui-ci n'a en effet qu'à supporter la déformation engendrée par l'épaisseur de la tige de l'hameçon ; il n'est pas enfoncé en force sur un quelconque système de fixation proéminent. 

 

Sur certains secteurs vraiment très encombrés, on pourra même opter pour un modèle avec hameçon texan. Il faudra bien-sûr appuyer le ferrage afin de bien faire ressortir la pointe ; mais là rien de nouveau ! On comprend là encore la nécessité d'un bas de ligne suffisamment gros pour encaisser le ferrage et sortir d'autorité ce petit poisson nerveux dans son repère.

 

CHOIX DES LEURRES :

 

Comme nous l'avons vu précédemment, le crapet de roche se nourrit de poissonnets, d'insectes aquatiques et de petits crustacés. Il suffit donc de lui présenter ce qu'il aime ! L'offre actuelle proposée en matière de leurres souples par les différentes marques ne nous laisse que l'embarras du choix. Pour ne pas trop s'égarer, il suffit de posséder quelques « basiques » dans vos boîtes à leurres.

 

Le crapet n'est pas très difficile concernant les leurres : petites virgules, shads, leurres finesse, écrevisses, tubes et vers déclencheront à coup sûr son agressivité. Il faudra toutefois veiller à rester dans des tailles de 2 à 3'' (5 à 7,5 cm). Toutefois, sur certains secteurs abritant de gros spécimens, certains utilisent même des modèles de 4''. Et oui, le crapet possède une bouche relativement grande par rapport à sa taille.

 

 

Concernant la couleur, je ne cherche généralement pas à faire très compliqué. J'essaie en effet de respecter la couleur naturelle de chaque proie : bleu argenté pour les shads et les leurres finesse, brun pour les imitations d'écrevisses et brun-rougeâtre pour les vers. Je me lâche davantage sur les virgules et autres tubes : orange, jaune, vert fluo … bref que du pétant ! Cette diversité des formes et des couleurs permet de s'adapter au mieux aux conditions rencontrées et aux préférences du « petit diable aux yeux rouges ».

 

Le vrai avantage de ces leurres souples est leur coût de revient. Les accrochages étant très nombreux dans cette pêche, cela fait tout de même moins mal au cœur de ne perdre que quelques centimes d'euro à chaque fois !

 

POSTES ET TECHNIQUE DE PECHE :

 

Le nom de ce poisson donne une idée assez précise des postes où le chercher. Le crapet aime à se cacher dans les enrochements, les anfractuosités et les fissures présentes sur les dalles de béton. On le trouve également dans les cavités et autres abris situés sous les racines d'arbres. Bref, il faut le rechercher dans les milieux les plus encombrés … donc  les plus gourmands en leurres et têtes plombées ! A vous d'en emporter un nombre conséquent au bord de l'eau !

 

Dans les ports, l'aplomb des quais est également une zone de tenue privilégiée. Cordes et autres artefacts tombés à l'eau offrent en effet de superbes caches offrant à la fois camouflage et possibilités d'attaques surprises.

 

Après avoir laissé couler son montage sur les zones les plus encombrées, l'action de pêche consiste à récupérer lentement son leurre en grattant au maximum le fond. Pour des pêches « sous la canne » en eau très claire, on peut même faire descendre précisément le leurre dans les différentes caches visibles. Il arrive alors fréquemment de voir le poisson jaillir de son repère pour happer l'intrus ayant osé empiéter sur son territoire.

 

 

Lorsqu'elles ne sont pas directement visibles à l’œil nu, les touches se traduisent la plupart du temps par « toc » très vif dans la canne ou bien par un léger décalage du fil. Il ne vous reste alors plus qu'à ramener prestement votre "prise" jusqu'à vous afin de la photographier et de la remettre à l'eau pour une prochaine rencontre ! 

 

Voilà, ce n'est pas plus compliqué que cela ! Une pêche ludique qui, loin de rapporter des poissons trophées, vous permettra de prendre un poisson original que peu de pêcheurs français ont déjà inscrits à leur "tableau de pêche" !

 

Pour clore cet article, je vous invite enfin à visionner la vidéo d'Antoine Pagnon traitant elle aussi de la pêche du petit diable aux yeux rouges.

@+ Guilhem COGNET

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